Mercredi dernier, j'étais en formation avec l'homme sur qui j'ai probablement le plus fantasmé dans la dernière année... c'est dire à quel point ma vie sexuelle a été au point mort!
Henri Lamoureux, sociologue, expert du mouvement communautaire, enseignant à l'UQAM, écrivain, romancier, etc. Alors, bref, nouvelle patronne sympathique (non mais ça fait changement) décide de réaliser mon fantasme et de m'y envoyer. Le titre, l'Action communautaire en quête de sens.
Je vous explique...
J'avais 10-11 ans et ma grand-mère m'initiait déjà à la vie communautaire. La Guignolé, l'aide à la recherche pour le cancer, accompagnatrice pour les aînées, on "bénévolait" ensemble. Je prenais déjà conscience des conditions de vie des individus qui m'entoureraient et de l'impact que je pouvais avoir sur eux. Au secondaire, je me suis impliquée sur différents comités pour venir en aide aux élèves les plus pauvres, cueillette de matériel scolaire usagé, spectacle-bénéfice, intégration des handicapés, etc. Au Cégep, mon choix était clair le travail social, j'y ai tout de suite trouvé ma voie. Je faisais maintenant partie d'un grand mouvement empreint de solidarité. J'analysais notre contexte socio-politique, je comprenais l'origine de certaines problématiques, j'étais engagée d'une grande mission, celle de changer le monde, bon attention, pas toute seule, mais avec tout ce beau monde.
Réalistement, on peut dire que ça fait plus ou moins 5 ans que je travaille dans le domaine et j'avoue que dans la dernière année, je me suis grandement questionnée sur l'état du mouvement communautaire au Québec. Malgré ma passion et ma foi pour le mouvement, je me demande où on s'en va comme ça?
Voici un bref cours d'histoire juste pour situer les affaires:
Avant 1960, L'Église joue un rôle clef, c'est la logique caritative, pauvre ti-pit y fait pitié, si c'est un bon petit "catho" on va l'aider. Empreint également du dicton, "aide toi et le ciel t'aidera".
Mi des années 60, suivant une importante réforme en éducation, les gens ont accès à plus d'informations, remettent en question l'idéologie dominante, développe donc plutôt une logique de solidarité. L'Expo 67 nous ouvre sur le monde, tout est possible!
Début des années 1970, réflexion critique beaucoup plus présente, analyse poussée des problématiques sociales. Les citoyens se regroupent pour former des comités de citoyens pour modifier les conditions de vie des plus démunis. Les gens sortent de leur sous-sol et prennent conscience des similitudes de leur condition de vie. Les troupes sont mobilisées, les citoyens sont impliqués, c'est la naissance de tout un mouvement. Les gens sont les experts de leur situation. Ils sont pris dans leur globalité. Tout est possible! L'État n'a pas d'autre choix que de suivre le mouvement.
Mi des années 80, les comités de citoyens ont permis la mise en place d'organismes dans différents secteurs pour répondre aux diverses problématiques. Les troupes s'essoufflent, les bénévoles arrivent difficilement à répondre aux demandes, l'État appuie de plus en plus les groupes communautaires ce qui permet l'embauche de personnel "qualifié" ou spécialisé. On observe un développement massif des services des premières lignes. On développe une analyse réfléchie et très terrain des différentes problématiques. Plusieurs nouvelles techniques d'intervention émergentes du communautaire.
Dans les 15 dernières années, on découvre la richesse que représente le mouvement communautaire, certaines subventions se font plus généreuses, on établit des partenariats publics/communautaires. On développe le syndrome de la "représentite aigüe", on s'implique sur toutes les tables, on est du monde important, on s'assied à côté de Monsieur le Ministre.
Mes craintes et mes constats, un mouvement communautaire à la dérive!La force de solidarité de tout un mouvement est en train de s'effriter. J'observe une nette compétition entre les organismes, chacun tire sur son côté de la couverture pour augmenter son financement et mieux répondent au besoin de sa "clientèle", on développe des stratégies que l'on copie au privé.
On joue à la psychothérapeute, on résout les problèmes des gens plutôt que de les mobiliser. On les traite en ignorant. Les gens cognent à notre porte en réclamant des services, nous les morcelons en petite parcelle de problèmes, "tu ne peux plus manger va vers tel organisme, tu as des problèmes de toxico, cogne à telle porte, tu as un conjoint violent téléphone à telle maison d'hébergement." Les plus démunis doivent tenir un agenda! Et le plus drôle, c'est que certains organismes s'inquiètent de leur difficulté à mobiliser les gens au sein de leur organisme.
Le "cheapleabor" du public, c'est le communautaire, la main d'oeuvre coût pas trop chère, on est rendu de vrai professionnel et comme on veut être ami avec M. le Ministre et bien on ne fait pas trop de vagues. Une intervenante comme moi en CLSC, ça coûte bien plus cher, assurance collective, fond RÉER, salaire. Étrangement, on crie moins fort, on apaise la rage des plus démunis avec un petit pansement pour éviter qu'ils ne crient trop eux aussi, ça ferait mauvaise presse et pas trop professionnel.
À vouloir être noble, on perd de vue la fougue de notre origine, on perd le fondement même de nos missions, changer la condition de vie des plus démunis. À siroter un petit verre de rouge avec nos dignes dirigeants, on oublie les gens assis sur le fauteuil d'un logement miteux, les yeux bouffis et l'estomac vide.
Durant cette superbe formation, j'ai entendu des préjugés gros comme le bras, j'étais gênée d'appartenir à ce mouvement qui perd de sa culture et de son intégrité. J'étais gênée d'appartenir à un mouvement qui accuse ma génération de vouloir trop miser sur la qualité de vie, Cibole je travaille 12 jours sur 14, on repassera pour ma génération paresseuse!
Je suis décontenancée de voir à quel point notre société individualiste et de consommation à influencer le monde du communautaire.
La madame est due pour des vacances... deux dodos! Let's go!